Les jeunes et la restauration : les raisons du désintérêt pour le secteur

En 2023, le taux de vacance des postes dans la restauration a atteint un niveau inédit, dépassant 8 % selon la Dares. Malgré les campagnes de recrutement et les incitations salariales, la majorité des offres restent sans réponse.

Certaines entreprises multiplient les avantages, mais peinent à fidéliser les jeunes salariés, qui privilégient d’autres secteurs. Les données montrent un glissement durable des préférences professionnelles, révélant une fracture profonde entre les attentes des nouvelles générations et les réalités du terrain.

Ce qui éloigne les jeunes des métiers de la restauration : un état des lieux sans tabou

La pénurie de main-d’œuvre dans la restauration n’a plus rien d’un phénomène isolé. Partout en France, du bistrot de quartier aux grandes chaînes, le secteur voit les jeunes générations s’éloigner aussi bien des postes en salle que de ceux en cuisine. Les raisons de ce désamour s’accumulent, difficiles à ignorer.

Voici les principaux freins régulièrement mis en avant :

  • Horaires décalés et rythmes imprévisibles. Les emplois du temps éclatés, les fins de service tardives, la vie privée reléguée à l’arrière-plan : autant d’arguments qui pèsent lourd pour des candidats qui placent l’équilibre en haut de l’affiche. Face à un marché du travail qui valorise désormais la flexibilité, la restauration reste prisonnière d’une organisation figée.
  • Image dégradée du métier. Les récits sur les conditions difficiles, le manque de reconnaissance et les rémunérations jugées faibles finissent par lasser. Beaucoup de jeunes jugent le secteur ingrat, peu valorisant, parfois usant, et redoutent de s’y épuiser sans retour.
  • Processus de recrutement datés. Les réponses tardent à arriver, les contrats sont souvent précaires, les perspectives manquent de clarté. Au moment où d’autres secteurs modernisent leur approche pour séduire les nouvelles générations, la restauration, elle, traîne les pieds.

La pénurie de personnel ne fait que s’aggraver sur le territoire, malgré les alertes des professionnels et les dispositifs institutionnels. Près de 200 000 postes non pourvus en 2023, selon l’Umih. Ce chiffre ne sort pas de nulle part : il traduit le choix concret de milliers de jeunes d’aller voir ailleurs, vers des univers professionnels qui offrent plus de souplesse, de perspective et de reconnaissance. Dans cette course à l’attractivité, la restauration part avec un sérieux retard.

Qu’attendent vraiment les nouvelles générations du monde du travail ?

Les études se multiplient, et les résultats se ressemblent : les jeunes générations veulent rompre avec le modèle traditionnel, fait d’horaires interminables, de hiérarchies pesantes et de progressions incertaines. Le secteur restauration a toutes les peines du monde à suivre ce mouvement, alors que partout ailleurs, les codes ont évolué.

L’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est devenu une exigence incontournable. Les jeunes, principalement ceux de la génération Z, ne veulent plus sacrifier leurs soirs et leurs week-ends pour un travail qui ne leur laisse aucune marge de manœuvre. Ils cherchent des environnements où ils sont écoutés, où le bien-être n’est pas un slogan, et où la parole circule.

La qualité de vie au travail n’est plus un bonus, mais un critère de sélection. Les candidats s’orientent là où ils trouvent un projet cohérent, de vraies perspectives d’évolution et des managers qui savent accompagner et faire grandir. Les soft skills prennent de l’ampleur, la reconnaissance compte plus que l’ancienneté. C’est désormais le prix à payer pour attirer et retenir les nouveaux talents. Le secteur de la restauration ne pourra pas indéfiniment tourner le dos à ces aspirations.

Jeune femme assise dehors devant un café en ville

Des pistes concrètes pour réenchanter l’attractivité du secteur auprès des jeunes

Le changement doit commencer par une écoute réelle. Si les jeunes s’éloignent de la restauration, ce n’est pas le fruit du hasard. Leur expérience collective parle d’elle-même : fatigue constante, horaires morcelés, hiérarchie verticale, absence de qualité de vie au travail. Pour inverser la dynamique, le secteur doit ajuster ses pratiques et ouvrir de nouvelles perspectives.

Plusieurs leviers peuvent être actionnés pour regagner l’intérêt des jeunes :

  • Réorganiser le travail pour offrir davantage de flexibilité. Les employeurs qui adaptent les plannings, alternent les week-ends travaillés, prennent en compte les contraintes personnelles et valorisent les heures supplémentaires par des repos compensateurs envoient un signal positif. Ce sont ces ajustements qui peuvent faire la différence, sur le terrain comme dans les recrutements.
  • Investir dans la formation continue. Nouer des partenariats solides avec les écoles hôtelières, proposer du tutorat, favoriser la montée en compétences et ouvrir des passerelles vers d’autres métiers de la filière sont de véritables accélérateurs de motivation. Les jeunes veulent voir leur avenir se dessiner, étape après étape, dans le secteur qui les accueille.
  • Redorer l’image du métier. Mettre en avant les réussites, partager des témoignages concrets, ouvrir les coulisses, donner la parole aux équipes, tout cela contribue à restaurer la fierté du métier. Inviter les plus jeunes à participer aux décisions, à faire évoluer le quotidien avec leurs idées, c’est aussi leur montrer que leur place compte vraiment.

Si la restauration veut retrouver sa force d’attraction, elle n’a plus le luxe d’attendre. Les jeunes apportent leur énergie, leur regard neuf, leur exigence. Les écouter, s’adapter, transformer les codes : voilà le défi à relever. Face à la pénurie, il ne s’agit plus de gesticuler mais d’inventer, concrètement, une nouvelle façon de travailler ensemble. Le futur du secteur se joue maintenant, dans chaque salle, chaque cuisine, chaque décision prise ou délaissée.

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